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Aveux posthumes Imprimer
Écrit par Roger Goulet   
Je te l'ai dit déjà. J'hésite à raconter la plupart des aventures invraisemblables qui ont parsemé ma vie. Certes, elles ont rendu ma jeunesse trépidante, mais personne ne veut y croire. Tu m'as encouragé à raconter quand même, m'assurant que le fantastique ne pouvait qu'ajouter à la qualité du récit. Je vais donc te raconter une histoire vécue et rigoureusement authentique, mais où je ne joue pas le beau rôle. Ainsi, peut-être voudra-t-on me croire!

Je devais avoir dix ans alors. Je le sais parce qu'à chaque naissance d'un nouveau petit frère ou petite soeur, mes grand-parents Dumont venaient par train, de l'Ontario lointain, jusqu'à Gaspé. Grand-mère venait prêter assistance à maman. Il fallait bien que ce soit grand-maman. En effet, nous n'avions aucune parenté en Gaspésie. Et, en pleine guerre, impossible d'obtenir de l'aide de quiconque, à aucun prix. Donc, la plus jeune de mes soeurs, de dix ans ma cadette, venait de naitre, et grand-mère assistait maman. Quant à grand-père, amateur de grand air, il s'affairait à l'extérieur, coupant le bois et vaquant à l'entretien des lieux. Impossible donc que je me trompe au sujet de mon âge au moment de cette...mésaventure.

A l'époque, jamais je n'avais entendu parler de vapeur, de gaz, de pression, de dilatation ni autres termes ou phénomènes physiques. Aussi, est-ce avec une surprise mêlée de suspicion que j'entendis, un jour, un garçon plus âgé, me raconter une histoire invraisemblable. Le garçon s'appelait Eddy Labbé.
 
Il me raconta que si on mettait de l'eau dans une bouteille à " bouchon en métal qui visse ", que si le bouchon était bien vissé et que l'on jeta la bouteille dans le feu, celle-ci exploserait. Il m'expliqua que plus la bouteille serait épaisse et le bouchon solide, plus l'explosion serait forte. Il me mit aussi bien en garde. Il était important de s'éloigner ou se mettre à l'abri si on voulait être témoin de l'explosion sans se faire blesser.
 
En cette époque de guerre où, certains soirs de black-out, on entendait les bruits de la canonnade et des explosions à l'entrée même de la baie de Gaspé, mon ami était en train de m'expliquer comment fabriquer une mini-bombe ou, à tout le moins, une grenade! Cependant, je ne croyais pas vraiment son histoire. En effet, à ma connaissance, l'eau ne pouvait qu'éteindre le feu. Il se moquait sans doute de moi, le tout jeune. Il me croyait naïf !
 
Ici, avant de continuer et pour bien établir ma crédibilité, je dois préciser que nous habitions une vaste demeure, du côté nord de la baie de Gaspé, près de l'endroit où la rivière York rejoint la Darmouth. De l'autre côté de la baie, nous pouvions apercevoir les quais de la base militaire, où se trouvaient affectés les P.T. boats et avions de reconnaissances responsables de la chasse aux sous-marins. Mes parents logeaient en alternance quelques officiers ou hauts gradés, tantôt de la marine, tantôt de l'aviation. Les hydravions venaient régulièrement à quelques centaines de pieds de notre porte pour vérifier l'état de leurs moteurs et prendre leur envol, face au vent du large. Donc, chez nous, il était constamment question de guerre, de sous-marins, navires coulés, marins noyés, espions et autres histoires dramatiques. On y parlait tout bas des sous-mariniers allemands qui allaient chasser le chevreuil à Anticosti, afin de s'alimenter en viande fraiche. Aussi, de ceux qui forçaient les malheureux pêcheurs à leur fournir des aliments frais, sous peine de couler leurs frêles barques. Ils leur donnaient en échange un Lugger inutile à bord, ou quelqu'autre objet.
J'ai vu un des Lugger et en ai même tiré quelques coups. Ceux-là, au départ, faisaient lever le bras ou plier le coude!!
 Demandez à Georges Edouard Bourget...
 
L'espionnite avait atteint de telles proportions qu'un jour, ma mère signala la présence d'une dame suspecte qui, avec un carrosse à bébé, s'était installée près de chez nous, au bord de l'eau. Elle semblait observer les allées et venues de bateaux et avions. On vérifia. Ce n'était qu'une maman épouse d'un militaire et qui, avec son poupon, attendait le retour de son époux, marin à bord d'un navire quelconque....
 
Donc, je vivais dans un environnement où espions, obus, bombes, grenades, explosifs et autres armes faisaient partie du discours quotidien. Puis, voilà qu'un " grand " me faisait part d'un truc très simple pour provoquer une explosion, modeste peut-être, mais dangereuse quand même. Dangereuse, si seulement la technique était valable...
 
Avant de continuer, précisons enfin que notre vaste demeure était chauffée par une immense fournaise ronde à air chaud, avec âtre central et revêtement de tôle. L'air circulant par gravité entre l'âtre et la tôle réchauffait le rez-de-chaussée. En outre, quelques serpentins métalliques, au-dessus de la flamme, servaient à alimenter des calorifères à eau chaude qui servaient au chauffage d'appoint, à l'étage supérieur et en quelques autres recoins.

Enfin, par un après-midi d'automne, je me retrouve seul dans la grande maison, avec ma grand-mère, quelque peu sourde. Celle-ci me signale qu'il fait frais dans la maison. Qu'à cela ne tienne, j'irai faire un peu de feu dans la fournaise. Sur ce, je descends et dépose de vieux journaux préalablement froissés et chiffonnés dans la fournaise. J'y ajoute des éclisses de bois sec et craque une allumette. La flamme surgit, grandit, et je persiste à l'alimenter. Bientôt, une douce chaleur envahit les lieux et me rend un peu rêveur. Trop peut-être! En effet, je me mets à songer à cette histoire de bouteille et d'eau. La fournaise étant bien entourée de métal, je ne cours aucun risque. J'ai le feu et le bouclier protecteur, il ne me manque que la bouteille et de l'eau. Facile!

La bouteille à demi remplie d'eau et le bouchon bien en place, je la dépose dans la fournaise et m'éloigne le plus possible. Pourtant, rien ne se passe. Après une minute peut-être, je me rapproche et m'assois sur une boite de bois, face à la fournaise. Je me reproche d'avoir accordé trop de foi aux histoires du grand Eddy. Mais, je profite néanmoins du confort et de la quiétude de la situation.

Soudain, BOUM! Je bascule et me retrouve sur le dos, au sol! Après quelques secondes, j'entrouvre les yeux et vois les deux portes de la fournaise ouvertes, (celles du haut pour le feu et celle du bas pour les cendres). Poussières, fumée et vapeurs flottent partout. Puis, j'entends la voix de ma grand-mère qui, du haut de l'escalier en U, demande ce qui s'est passé. Je la rassure plutôt bien que mal, puisqu'elle ne descend pas vérifier. Puis, j'ouvre toutes les fenêtres du sous-sol pour aérer et balaye vivement ces maudites cendres qui semblent tout envahir.
Ouf! échappée belle....

Malheureusement, quelques jours plus tard, je surprends mon père qui, en compagnie d'un certain monsieur Coulombe, avait tout démonté la fournaise. Tous deux tentaient de recoller les malheureuses briques à feu qui avaient formé l'âtre, grâce à un ciment spécial. Ils étaient également surpris de voir comme les briques avaient pu se dégrader de façon si rapide, et sans qu'on ne s'en rende préalablement compte. Inutile de dire que je ne me suis guère attardé sur les lieux....

L'été suivant, j'ai dû passé le plus clair de mon temps à brosser et peinturer des calorifères en fonte qui avaient fait le voyage de Montréal à Gaspé, sur le pont du North Gaspe, petit navire de liaison et ravitaillement. Inutile de dire que les calorifères étaient arrivés tout rouillés, comme la nouvelle fournaise sectionnelle Vicking, aussi en fonte.

Plus tard, je devais cependant trouver beaucoup de plaisir à chauffer la nouvelle fournaise. Elle était trapue, solide, chauffait au charbon et dégageait une chaleur prodigieuse. Je devais bientôt y faire fondre du plomb soustrait aux chantiers de l'aqueduc municipal, pour me fabriquer des haltères. J'y ai proprement incinéré certains objets compromettants. Puis, je l'ai même alimentée au maximum afin de pousser à la limite un certain manomètre qui la surmontait. Chaque fois, elle éjectait une vapeur étouffante, par une étrange soupape, tandis que le manomètre refusait de dépasser un certain seuil. Puis, le jour où mon père m'expliqua la fonction de l'étrange soupape, je mis fin à mes tentatives. En effet, il s'agissait d'une soupape de sécurité visant précisément à prévenir l'explosion de la chaudière...

Bien des années passèrent, je grandis puis je m'inscrivis à un certain cours de littérature anglaise. Le professeur nous demanda de lire un récit où il était question de jeunes garçons accusés de méfait. Pour une raison que j'ai oubliée, ceux-ci en voulaient à un monsieur propriétaire d'un édifice vaste, mais abandonné. Afin de se venger ou nuire au monsieur, les jeunes décidèrent de faire disparaitre l'édifice vacant. Pendant plusieurs soirées consécutives, ils s'introduisirent dans l'édifice et y sectionnèrent tous les points de support centraux, sauf le plus important. Un fois le travail terminé, une nuit, ils relièrent ce dernier support au camion du propriétaire, par un câble. Évidemment, quand le pauvre proprio démarra, au matin, il fit imploser son propre édifice.
 
Nous devions ensuite imaginer que les adolescents étaient cités en justice pour méfait et le professeur exigea que nous préparions un plaidoyer pour leur défense. Inutile de dire que, éprouvant de la sympathie pour des gars si habiles et ingénieux, je sus me mériter un A pour mon excellent discours. Peut-être essayais-je alors de me justifier moi-même pour toutes les étourderies de ma jeunesse?

Par contre, je n'ai jamais eu le courage d'avouer l'incroyable sottise qui détruisit un jour notre fournaise. Mon geste stupide avait forcé mon père à remplacer tout le système de chauffage de la maison. Aussi, ce n'est qu'après son décès, à 92 ans, que je trouve le courage de m'en confesser. Et, j'ose enfin espérer que du haut du ciel, papa voudra bien me pardonner....

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